Le parfum

Nous abordons maintenant un vaste et passionnant sujet. Le petit exposé qui suit n'est en aucun cas complet et définitif. Nous l'avons rédigé à votre attention afin que quelques voiles soient levés et peut être aussi pour bousculer quelques idées reçues... Néanmoins, nous attirons votre attention sur le fait que naturel ou de synthèse, c'est le parfum qui est (parfois) la cause d'intolérances cutanées; aussi, si vous êtes de ces malheureux qui ne pouvez utiliser un savon sans qu'il s'ensuive rougeurs et autres démangeaisons, orientez vous vers des savons sans parfum, enrichis de beurre de karité, d'huile d'amande douce... Eliminez la cause, vous réglerez le problème...

Outre les molécules de synthèse (majoritaires), les substances odoriférantes naturelles utilisées dans l'industrie du parfum sont d'origine animale ou végétale.

  • Animale

: Certaines sécrétions animales contiennent des substances odoriférantes qui augmentent les qualités de diffusion et la persistance du parfum. De telles substances et leurs constituants agissent comme fixateurs en empêchant les composants du parfum les plus volatils de s'évaporer trop rapidement; On les emploie généralement sous forme de solutions alcooliques (après macération).

Ces produits comprennent:

  • 1. L'ambre gris : Substance légère, presque inodore et légèrement graisseuse sécrétée par l'intestin du cachalot. Elle était communément utilisée comme fixateur dans les parfums et donnait une note riche, fumée, veloutée, proche du musc.
  • 2. Le castoréum, extrait des deux glandes préputiales du Castor mâle , son odeur tient du cuir, de l'huile animale, de la fourrure. La substance est un peu grasse, très riche, parfois un peu colorée par l'alimentation du castor. Elle est utilisée dans les parfums de type ambré (ou oriental), ainsi que dans certains parfums masculins.

Le castoréum est de moins en moins utilisé en parfumerie car son extraction nécessite de tuer l'animal. Cependant, les progrès de la chimie organique permettent aujourd'hui de produire un équivalent synthétique qui, même s'il n'a pas forcément toute la finesse du castoréum, évite un massacre inutile.

  • 3. La civette, extraite du chat musqué-civette. La civettone (ou civétone), est un composé chimique odorant de la civette produit par l'animal. Cette pâte marron à l'odeur sucrée très forte s'accumule dans une poche située entre l'anus et les organes génitaux de la femelle. De nos jours, pour protéger l'espèce, ce composé est obtenu par synthèse.

  • 4. Le musc, extrait du chevrotin porte-musc (moschus moschiférus ). Animal de la famille des moschidés vivant dans les montagnes d'Asie à plus de 2000 mètres d'altitude, reconnaissable à ses canines longues de 5 à 7 cm.

Cet animal possède une glande de la taille d'une petite orange, placée sous la peau de l'abdomen et produite pendant la période du rut. Cette glande renferme une sécrétion brune, de consistance huileuse quand elle est fraîche, dure et cassante quand elle est sèche. Le musc séché a une valeur commerciale relativement médiocre. On lui préfère de loin le musc conservé dans sa glande, connu sous le nom de musc en vessie. Les muscs les plus réputés étaient au XIXe siècle ceux de Nankin, du Tonkin, du Yunnan, du Bengale et de Russie.

Là encore, il y a un problème : pour récolter la précieuse matière (environ 30 grammes par chevrotin), il faut tuer la bête, et l'espèce est aujourd'hui menacée d'extinction. Elle est donc protégée, et de sévères mesures sont prises (en principe) contre les trafiquants. Heureusement pour les parfumeurs, la muscone, composant essentiel du musc, est produite depuis plus d'un siècle de façon artificielle avec les muscs nitrés.

Le musc entre comme fixateur (ou note de fond) dans plusieurs parfums pour hommes, mais aussi dans les parfums féminins de type oriental ou ambré.

Mais le musc reste actuellement très utilisé en Asie, et plus particulièrement en Chine, où il entre dans la composition de nombreux "remèdes traditionnels".
Actuellement des chercheurs chinois étudient les moyens de remplacer le musc naturel par d'autres composés, et une autre équipe a réussi à maintenir et faire reproduire en captivité le chevrotin, permettant ainsi le prélèvement du musc par curetage de la glande plutôt que par l'abattage de l'animal.

En 1888, Albert Baur réalise la synthèse du premier musc nitré. Nommé « Musc de Baur » en l'honneur de son inventeur. Ce fut aussi le premier produit chimique à l'odeur musquée à être employé en parfumerie.

Le mot musc vient du bas-latin muscus, emprunté au grec, dérivé lui-même du persan mušk, que l'on rattache souvent à un mot sanskrit ayant le sens de testicule...
Au fait, le musc se prononce "MUSC" et pas "meuusk" (comme nous l'entendons trop souvent).


Toutefois, ces matières premières naturelles ont pratiquement disparu du marché ( animaux protégés, coût élevé, incertitudes d'approvisionnement, fraudes...). Leurs odeurs caractéristiques ont été reproduites par synthèse chimique à l'exception peut être du castoréum dont la formule est extrêmement complexe.

  • Végétale

: Les méthodes d'extraction sont les suivantes:

Par entraînement à la vapeur d'eau : Cette méthode permet d'obtenir par distillation les essences ou huiles essentielles : selon la plante, les fleurs, feuilles, graines, fruits, tiges, racines sont placés dans une cuve de l'alambic. Les végétaux reposent sur une grille; sous cette grille, de l'eau est portée à ébullition. La vapeur obtenue traverse la masse végétale et entraîne ses composants volatils, cette vapeur parfumée est condensée dans un réfrigérant fixé à la sortie de l'alambic. On obtient alors un mélange hétérogène d'eau et d'essence (densité). Le séparateur florentin dissocie enfin l' huile essentielle de l'eau florale.

Bien sûr, l'opération a subi de nombreux perfectionnements au cours des dernières décennies dont notamment une restriction du “col de cygne” à la sortie immédiate de l'alambic. Cette restriction permet d'obtenir une augmentation de la pression et donc une élévation de la température de la vapeur. Cette amélioration facilite l'entraînement des composants peu volatils ( essence de vétiver, d'iris...)
Le perfectionnement a porté également sur son automatisation. L'huile essentielle peut être utilisée telle quelle par le parfumeur ou bien être traitée chimiquement pour en isoler les composants.

L'extraction par solvants : L'extraction des produits floraux par les solvants volatils a vu le jour à Grasse vers la fin du XIXème siècle. Depuis, de nombreuses usines se sont développées autour de ce procédé. Les solvants mis en œuvre sont:

  • le cyclohexane, qui a remplacé le benzène.
  • certains carbures aliphatiques tels que: le butane, le pentane et surtout l'hexane (coupe pétrolière en C6)
  • et l'anhydride carbonique à l'état supercritique.

C'est précisément le développement de l'industrie pétrolière à la fin du siècle dernier qui a permis les avancées rapides de ces méthodes d'extraction.
Il résulte de ce procédé une essence d'aspect solide: la concrète. Composée d'un mélange généralement homogène de cires ( inodores ) et de constituants odorants. Le traitement de ces concrètes par l'alcool éthylique conduit aux essences absolues ou absolues.
A côté des fleurs, on traite également par les solvants volatils des produits végétaux secs comme les lichens, les gommes, les résines... On obtient ainsi des produits appelés résinoïdes.

L'enfleurage : Cette technique ancienne fût mise au point à Grasse : on étend de la graisse animale (porc ou bœuf) dans un cadre posé sur une plaque de verre puis, on dispose les fleurs à même la graisse et on empile ces cadres. Le but est d'obtenir une pommade suffisamment parfumée, il faut changer la charge de fleurs et renouveler l'opération plusieurs dizaines de fois durant 10 à 12 semaines. Ainsi, les graisses se chargent d'odeurs; les pétales (n'étant pas chauffés ou abîmés) dégagent leur odeur plus longtemps. C'est l'expression du parfum véritable de la fleur. Puis, les graisses une fois saturées sont traitées à l'alcool. le “lavage” alcoolique est ensuite distillé pour obtenir le concentré de pommade. Cette technique est particulièrement bien décrite dans le merveilleux roman de Patrick SÜSKIND, Le Parfum. (A lire absolument si ce n'est pas déjà fait !!!)

L'extraction par expression : L'huile essentielle des agrumes est extraite de la peau de ces fruits.

Le saviez vous ?

Le nez humain peut détecter (sans pour autant les reconnaître) 10 000 odeurs différentes.

En parfumerie, un "nez" est capable de reconnaître et de combiner plus de 2000 senteurs différentes. Il travaille avec un orgue à parfums (voir photo ci-dessous).

Orgue à parfums.

Le saviez vous ?

Un parfum ordinaire contient entre 60 et 100 ingrédients.

Jusqu'à 300 pour les plus complexes.

Le Castoréum

Civette.

Chevrotin Porte-Musc.

(Moschus Moshiférus)

Le saviez vous ?

La perte de l'odorat s'appelle l'anosmie.

Alambic de parfumeur.

Le saviez vous ?

Il faut 4 tonnes de pétales de rose pour obtenir 1 kg d'huile essentielle.

Champs de Lavande en provence

Le Parfum - Chef d'oeuvre de Patrick Süskind

Le livre bien sûr, pas le film...